Chez Dcube, on se sent particulièrement concerné par le fait d’inclure et surtout ne pas exclure les collaborateurs, du fait, notamment, de leur situation de handicap ou autres critères ne devant certainement pas être pris en considération dans le cadre d’un recrutement. Chez Dcube, chacun a sa place ! 

D’un point de vue global, tout employeur disposant d’au moins 20 salariés a l’obligation d’employer des travailleurs en situation de handicap à hauteur de 6 % minimum de l’effectif total de l’entreprise. Pour les entreprises ne respectant pas ce quota, des pénalités financières sont appliquées, de 400 à 1500 fois le Smic horaire (soit 15 225 euros HT) par travailleur handicapé manquant pour atteindre ces 6%. Ces contributions sont versées à l’Agefiph (Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées). 

Pourtant encore aujourd’hui, de nombreux freins, et surtout beaucoup d’aprioris, entravent le recrutement de travailleurs handicapés. Par exemple : en évoquant le mot « handicap », ¾ des chefs d’entreprises pensent « handicap moteur » alors qu’il ne représente que 13 % de la population handicapée. Beaucoup de handicaps sont d’ailleurs non-visibles et n’exigent pas de transformation lourde du poste de travail. 

Depuis quelques mois, chez Dcube nous avons eu la chance de collaborer avec Emmanuelle, qui au-delà d’être une ingénieure d’études et de développement informatique compétente, est également RQTH, sourde de naissance. 

Au début de notre collaboration, Emmanuelle m’a assez rapidement fait part de son besoin d’être assistée d’une codeuse LPC, qui serait présente pendant les réunions afin de l’aider à bien assimiler l’intégralité des sujets abordés par tous les acteurs présents, pendant ces réunions. Nous avons donc fait appel aux services proposés par la société Isos Accessibilité. 

C’est quoi le code LPC ? 

La LPC (Langue française parlée complétée) n’est pas une langue en soi. En pratiquant la LPC, on associe à chaque phonème prononcé un geste de complément, effectué par la main autour du visage. À chaque son, ce geste associe une des positions de la main, à l’une des clefs effectuées avec les doigts. C’est la combinaison de 8 clés et 5 positions de la main qui permet au sourd de visualiser l’entier du langage oral. 

Ce système permet d’éliminer toutes les ambiguïtés dues aux sosies labiaux. En lecture labiale, les sons « pa », « ba » et « ma » sont perçus de la même façon, par exemple. A ces trois sosies correspondent trois codes différents de la Langue Parlée Complétée, permettant ainsi de les différencier clairement.  

Tout comme il y a des sons qui ne se voient pas sur les lèvres : « k » et « r ». La LPC leur donne des clés distinctes qui permettent de voir ces sons invisibles. 

Pris isolément, les codes du langage parlé complété n’ont que peu de signification.  C’est leur association avec la lecture labiale qui permet la compréhension totale du langage oral (la lecture labiale seule ne donne qu’environ 35% du message oral, le reste doit être deviné par la personne sourde ou malentendante). La LPC facilite également l’apprentissage des langues étrangères aux personnes sourdes ou malentendantes par la visualisation des sons à prononcer. 

La langue des signes 

La langue des signes contrairement au code LPC est beaucoup plus connue. Mais saviez-vous qu’elle fut interdite en France jusqu’en 1977 ? WTF ?! 

C’est au congrès de Milan, en 1880, où l’immense majorité des participants était entendante, qu’elle avait été bannie. Les oralistes considérant que les sourds devaient apprendre à parler pour s’intégrer dans la société, décrétèrent alors l’abandon de la langue des signes dans l’enseignement.  

Trois raisons sont invoquées :  

  • la LSF ne serait pas une vraie langue,  
  • la parole aurait été donnée par Dieu comme moyen de communication,  
  • et les signes empêcheraient les sourds de bien respirer, ce qui favoriserait la tuberculose.  

Cette interdiction dure près de cent ans, pendant lesquels les professeurs sont entendants et utilisent exclusivement la méthode oraliste. Cependant, malgré l’interdiction de signer en classe, la LSF ne disparaît pas, les sourds se la transmettant de génération en génération, la plupart du temps pendant la récréation. 

Autorisée à partir de 1977, enseignée à partir de 1991, elle ne fut reconnue officiellement et légalement, qu’en 2005. La LSF est depuis 2008 devenue une option au baccalauréat. 

Cette langue qui est visuelle et gestuelle fait appel non seulement aux mains pour un alphabet manuel, mais aussi aux mimes, à l’imitation et à l’expression du visage. 
 
Dans la langue des signes française, il existe 5 paramètres : 

  • La position des doigts 
  • La position de la main 
  • Les mouvements effectués 
  • Les emplacements de ses mouvements 
  • L’expression du visage 

Le tout donne d’excellentes indications sur l’action, la taille d’un objet ou encore le temps auquel se rapporte la conversation par exemple. 

Il existe plusieurs langues des signes. Il existe une langue des signes internationale (LSI), et une langue propre à chaque pays du monde. En France, il s’agit de la langue des signes française (LSF). 

Dans certains pays, la langue des signes se pratique avec une seule main, quand dans d’autres on utilisera les deux mains. 

La langue des signes internationale est principalement utilisée pour les grands événements internationaux (conférences, jeux olympiques, etc.) Attention, elle n’est pas comprise par toutes les personnes sourdes. 

Certains signes de bases sont identiques, et des sourds de pays différents peuvent parfaitement communiquer ensemble après quelques heures de discussion. 

La lecture labiale 

Sachez qu’il est aussi possible de s’adresser à une personne sourde ou malentendante, sans connaître sa langue. En effet, les sourds ou malentendants peuvent lire sur les lèvres, c’est ce que l’on appelle une lecture labiale. Essayez de parler à la personne bien en face, en gardant la tête bien droite, faite des phrases courtes, pas trop vite et sans crier ! 

La lecture labiale représente une aide précieuse pour comprendre la parole. Quand le cerveau reçoit des informations sonores partielles, il s’appuie donc sur des informations visuelles et déduit le reste au regard du contexte et de tous ces indices. La lecture labiale est une pièce de ce puzzle et pas des moindres, quel que soit le niveau de surdité. Même les personnes bien entendantes s’en servent, souvent sans s’en rendre compte. 

Actuellement, le contexte sanitaire compromet cette façon de communiquer.  “Comment faire pour comprendre autrui si tout le monde a la bouche cachée par un masque ?”.  

Sachez qu’en ce moment plusieurs projets émergent pour concevoir des masques inclusifs avec une partie transparente qui permet de pouvoir continuer à s’appuyer sur la lecture labiale pour converser. Et pour beaucoup de personnes sourdes et malentendantes, c’est indispensable. 

Pour info, l’Agefiph, qui centralise les contributions dont on parlait plus haut, finance les masques transparents inclusifs pour soutenir le recrutement et le maintien en emploi des personnes en situation de handicap : https://handicap.gouv.fr/presse/communiques-de-presse/article/mesures-exceptionnelles-prise-en-charge-masques-inclusifs

La Vélotypie 

En plus de la LSF et de la LPC, le sous-titrage est également préconisé par les personnes sourdes et malentendantes. On peut sous-titrer les conférences, les événements et les réunions avec la vélotypie ou un autre outil.

En effet, comme nous avons pu le remarquer également très récemment, derrière les sous-titres de chaque prise de parole d’Emmanuel Macron pendant le confinement, il y a le métier de vélotypiste, qui consiste à retranscrire des discours grâce à un clavier syllabique. En France, ils ne sont qu’une dizaine. La vélotypie est habituellement utilisée lors de conférences ou lors des séances à l’Assemblée nationale. 

Cela en a fait rire plus d’un, lorsque lors d’une allocution présidentielle, Emmanuel Macron évoquait les solutions trouvées face au coronavirus comme des “forces pour le futur” et que le sous-titre a affiché le mot… “foutur”. 

Un néologisme dans lequel les internautes hilares se sont empressés de voir un lapsus. Il s’agirait de la fusion des mots “futur” et “foutu”, terrible image d’une époque marquée par les incertitudes. La coquille fut corrigée en une seconde, mais l’expression “No foutur” était née. 

Ci-dessous, la machine d’un vélotypiste. Toutes les lettres sont disponibles en double, à gauche et à droite. On tape avec ses deux mains. La main gauche tape le début de la syllabe et la main droite s’occupe de la fin de la syllabe. 

Témoignage d’Emmanuelle :   

Avant le confinement, nous avions commencé à lancer une procédure pour que je puisse bénéficier d’une codeuse LPC (Langue française parlée complétée) lors des réunions en présentiel. Il est difficile pour moi de suivre une réunion lorsque nous sommes plus de 4 ou 5 personnes. Lire sur les lèvres est un exercice épuisant surtout si un des collègues parle vite ou plusieurs collègues parlent en même temps. 

C’est dans le cadre de l’aménagement du poste en tant que salariée ayant la RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé) que nous avions commencé à faire appel à CAP Emploi et à l’Agefiph pour que je puisse bénéficier des aides qu’ils proposent. 

Puis le confinement est arrivé. Je n’avais jamais fait de télétravail jusqu’à ce jour.  

Au début, ça allait. Les réunions en visio-conférence sur Teams avec mes collègues lors du daily meeting, du raffinage, de la rétrospective (des réunions initiées par la méthode agile) se passaient très bien. Je pouvais lire correctement sur les lèvres quand l’image n’était pas pixélisée ou le son n’était pas en décalage avec l’image. 

Jusqu’au jour où je n’ai plus pu suivre. Au bout de deux semaines, nous avions une réunion, à distance, avec les clients et nous nous étions retrouvés à 10. Il était impossible pour moi de suivre cette réunion correctement.  

L’affichage des vignettes sur Teams était limité à 4 vignettes et donc je voyais que 4 visages. (Depuis Teams a évolué en passant à 9 vignettes). Les autres vignettes étaient tous petites, ce qui m’empêchait de bien voir leurs visages et lire sur les lèvres. Il était impossible pour moi de comprendre tout le monde.  

D’autant plus que lors du partage d’écran, via Teams, il était à nouveau impossible d’agrandir la vignette de la personne qui parlait. J’ai évidemment remonté cette problématique à Microsoft et on m’a assuré que c’était en cours de correction. Teams ne possède pas encore les sous-titres automatiques en français, cette fonctionnalité existe pour l’instant qu’en anglais. 

Mes collègues ont été très compréhensifs et me faisaient des résumés à la fin de la réunion. Mais je sentais que je ratais des informations importantes. 

Puis, j’ai changé d’équipe et de projet. J’avais les mêmes réunions (daily-meeting, raffinage et rétrospective). Seuls le projet et l’équipe avaient changé. J’arrivais toujours bien à communiquer avec mes collègues mais les difficultés apparaissaient principalement quand je me retrouvais en réunion avec des clients. 

Lors des visio-conférences, le chef du projet avait instauré quelques règles pour que cela soit confortable pour tout le monde : 

  • Activer sa caméra pour que je puisse lire sur les lèvres 
  • Avoir un casque et un micro pour un meilleur son  
  • Couper le son lorsqu’on ne parle pas pour éviter les interférences 
  • Ne pas parler vite 
  • Parler chacun son tour et lorsqu’on souhaite parler, lever la main virtuellement (soit la main elle-même soit la fonction lever la main avec Teams) 
  • Faire le geste STOP (avec les deux mains faisant un T ou un X) pour interrompre la personne qui parle.

Ces règles ont permis de mieux fluidifier nos échanges lors de nos vidéo-conférences. Pas seulement pour moi, mais aussi pour mes collègues. 

Mais plus le temps passait, plus je produisais énormément d’efforts pour lire sur les lèvres. J’interrompais souvent mes collègues pour leur faire répéter ce que je ne comprenais pas. Cela a engendré de la fatigue mentale et émotionnelle.  

J’avais atteint mes limites et sollicité de l’aide.  

J’ai cherché des solutions pour m’aider. Dans un premier temps, j’ai essayé les solutions automatiques (AVA et Microsoft Translator) mais à cause du langage très technique et très fonctionnel en informatique, les sous-titres automatiques ne fonctionnaient pas. Même si on a fait beaucoup de progrès avec la reconnaissance vocale, il y a encore des choses à améliorer. Ce n’est pas encore fiable à 100%. 

Du coup, nous avons opté pour une solution qui mêle à la fois l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle. Une solution proposée par Tadéo, financée par l’Agefiph, que je recommande vivement. 

Tadéo est une entreprise permettant de sous-titrer ou d’interpréter en LSF (Langue des Signes Française) les réunions à distance ou en présentiel pour les salariés sourds et malentendants grâce aux e-transcripteurs et interprètes diplômés. Pour ma part, j’utilise le sous-titrage. Les e-transcripteurs utilisent deux outils soit la sténographie soit la reconnaissance vocale (tout en corrigeant les fautes de la reconnaissance vocale) pour transcrire en temps-réel les réunions.  

Voici comment j’utilise Tadéo lors de mes réunions sur Teams. A gauche, le logiciel Tadéo et à droite, mon équipe. Je mets les deux logiciels côté à côté pour voir la transcription et mes collègues. J’ai tout sur un même écran ! 
Tadéo se connecte au pont téléphonique de Teams pour sous-titrer les échanges. Les e-transcripteurs ne voient pas mes collègues mais ils les entendent.

Cela fait quelques semaines que j’utilise Tadéo et j’en suis très satisfaite.  

Quelques règles cependant à respecter lorsqu’on utilise Tadéo : 

  • Être près du micro pour que l’e-transcripteur puisse entendre. Plus on est loin du micro, moins il entend et cela l’empêche de sous-titrer. Si on chuchote ou on parle bas, pareil. Il faut parler de manière intelligible. 
  • Ne pas parler vite car il ne faut pas oublier, il y a une personne derrière qui écrit. Les e-transcripteurs ne sont pas des robots. 😉 
  • Eviter les interférences ou bruits qui peuvent gêner la réception du message. Du coup, couper le son lorsqu’on ne parle pas. 
  • Ne pas parler tous en même temps. 

Cela rappelle les mêmes règles instaurées par le chef de projet dont je parlais plus haut. C’est, au final, universel.  

Quand l’e-transcripteur ne connaît pas le mot à sous-titrer, je lui fournis le mot exact pour qu’il puisse l’enregistrer dans son répertoire et l’écrire à la prochaine utilisation de ce mot.  

On peut même utiliser Tadéo pour les réunions en anglais. Si un jour, je me retrouve à avoir une réunion en anglais, je n’hésiterais pas à l’utiliser.  

J’ai également la possibilité de téléphoner à mes collègues et mes clients avec Tadéo et les échanges sont sous-titrées. Mon ordinateur devient un téléphone fixe. Sur le même principe, pour mon usage personnel, j’utilise le centre-relais téléphonique avec l’application Roger Voice depuis mon smartphone. Avec Roger Voice, j’utilise plutôt la LPC. Ainsi, je deviens totalement autonome sur le plan professionnel et personnel. 

Chaque lundi, on débute la semaine avec la réunion CODEC, le CODIR de Dcube qui rassemble tout le staff, pour parler de la vie de l’entreprise et de tous les sujets que l’on souhaite aborder. C’est une réunion incontournable de Dcube. Mais depuis le confinement, je n’y participais plus car nous sommes trop nombreux sur cette réunion, je ne pouvais pas suivre. 

Depuis la rentrée, je participe de nouveau au CODEC grâce à Tadéo. Mes collègues étaient contents de me revoir à cette réunion hebdomadaire. Ça fait plaisir de pouvoir re-participer à la vie collective de l’entreprise.  

Si je reviens au bureau, je pourrais continuer à utiliser Tadéo pour les réunions en présentiel, il faut être équipé de micros très performants pour capter le son de mes collègues dans la salle de réunion. C’est un outil très utile à long terme. 

Pour l’instant, je ne suis pas retournée au bureau. Dcube maintient le télétravail 100% jusqu’à nouvel ordre. On évoque de temps en temps le retour possible au bureau sous conditions. En effet, si on retourne, on doit porter des masques en open-space et en salle de réunion. Le problème est que je ne peux pas communiquer avec mes collègues si on porte des masques opaques. Je ne peux pas lire sur les lèvres, c’est une situation difficile que je vis à titre personnel depuis la fin du confinement quand je vais faire mes courses ou ailleurs. 

Si jamais on revient au bureau, on commandera des masques transparents homologués par la DGA pour moi et mes collègues pour que je puisse travailler et communiquer avec eux dans de bonnes conditions.  

Je remercie infiniment Fatiha, Fabien et Damien pour la mise en place de Tadéo qui a complètement facilité ma vie professionnelle ainsi que mes collègues qui se sont très bien adaptés à ma situation.

Emmanuelle A.

Emmanuelle, Ingénieure d’Études et Développement & Fatiha, en charge de l’épanouissement des collaborateurs chez Dcube

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